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Quand le coeur et l'esprit se rencontre

On compartimente tout... On mesure tout…on divise… On est soit en vacances, soit au boulot, soit actif, soit retraité, … Et notre esprit en permanence évalue, juge, compartimente, trie, arrange, réordonne, … Et plus les années passent, plus le soit disant progrès technique nous abreuve de ses trouvailles, plus nous avons des données à trier, à classer, à mesurer, à ordonner, … Nous passons plus de temps à agir, à mesurer, compter, à trier qu’à ressentir, à être, à percevoir, à observer sans jugement, … N’est-ce pas étrange ?

Je suis venue à penser à tout ceci… à propos des vacances et de la retraite… Oui, dans le milieu enseignant on parle souvent des vacances, ça soulage les enseignants, notamment en hiver quand la fatigue se fait sentir… Moi, je dis en hiver on devrait hiberner ou du moins diminuer la cadence, ralentir notre rythme de vie effrénée… principalement dans les milieux urbains.

En même temps, cette compartimentation travail (synonyme corvée, labeur, frustration, contrainte, … ) et vacances (liberté, légèreté, lâcher-prise, …) me dérange. Comment voulez-vous être heureux en pensant de manière si dichotomique ? Je continue avec la retraite… alors dans le système dans lequel nous sommes… nous sommes censés travailler (je parle de travail = contrainte) pendant des dizaines d’années, puis partir en retraite (je profite enfin de ma vie, après avoir bien abîmé ma santé, mon corps, mes nerfs et mes émotions) le restant de notre vie…

Le système éducatif nous apprend à trier, ranger, calculer, ordonner, obtenir des résultats, atteindre des objectifs, à agir, … oui si vous avez remarqué ce sont des verbes d’action… et en CE2 on apprend les verbes d’état en conjugaison. Ces verbes qui comme le verbe être s’accordent en genre et en nombre avec le sujet. Ces verbes qui introduisent non pas des compléments mais des attributs du sujet, nous aident à observer et à être dans le monde dans lequel on vit. Désolée de vous abreuver de notions de conjugaison…c’est mon côté instit qui refait surface… vous allez voir où je veux en venir… Ces verbes enrichissent notre vie et ils donnent du sens à notre vie. Si seuls les verbes d’action existaient dans notre langue, on serait des robots. A l’école on nous apprend à faire et non pas à être. On nous apprend à agir et à comprendre, c’est le cognitif qui est mis à contribution. On ne nous apprend pas ou peu à sentir, percevoir, ressentir, à être…. Je ne cherche pas à jeter la pierre sur l’Education nationale… il s’agit seulement d’un constat.

Les événements de Charlie hebdo ont relancé les leçons de morale au goût du jour… je dis relancer car dans l’éducation nationale, il y a des effets de mode. Pendant quelques temps il était à la mode de travailler à partir de projets, aujourd’hui notre inspectrice ne veut pas entendre parler de projet, elle exige que nous travaillons la lecture, l’écriture et les calculs. Les leçons de morale c’est un peu pareil… effet de mode qui sera dépassé dans quelques années… pour être remplacée par une autre préoccupation du moment.

La question est de savoir si on peut aider et accompagner la future génération dans le respect de valeurs citoyennes juste en agissant sur le cognitif, c’est-à-dire juste en leur demandant de répéter, de comprendre et de recopier des leçons de morale ? Il me semble que pour mettre en branle des habitudes, amener des transformations dans sa vie, la pratique est indispensable. Donc la mise en place de projets de coopération par exemple serait la bienvenue. Mais encore une fois, suffit-il de comprendre, puis d’agir pour prendre un nouveau chemin et être prêt à se transformer ? Je pense que les verbes d’état ont ici toute leur importance… être, devenir, sentir …. Et j’ajouterais les verbes liés aux émotions comme aimer, percevoir, remercier, exprimer, … sont indispensables pour ancrer des changements dans notre vie. Si nous n’éprouvons rien, si nous ne sommes pas touchés par ces projets, que nous agissons seulement parce qu’on nous demande d’agir, les graines de la compassion, de l’amour, de la gratitude et de l’empathie ne pourront pas germer.

Si nous souhaitons réellement aider la génération future à prendre conscience que l’être humain est bon, qu’il est capable de coopérer, d’échanger, d’apporter son aide, … que nous sommes interdépendants les uns des autres… de mon point de vue mettre l’amour au cœur des initiatives est un ingrédient indispensable. Aimer et Etre voilà les deux verbes qui sont les mots clés de toute transformation, de toute transmutation, de toute prise de conscience.

Etre est un verbe qui peut sembler vague… j’aimerais préciser ce que je vois derrière ce verbe : être soi, être dans l’instant présent, être avec l’autre… être en laissant tomber tous les masques (liés au statut, à la peur du jugement de l’autre, aux blessures de l’enfance, ….) être c’est respirer avec une paix profonde intérieure et une liberté de vivre.

Je reviens à présent sur le point que j’ai abordé au début de mon article : notre manie à vouloir tout séparer… en inventoriant, en mettant toute notre vie dans des cases, nous oublions d’être. En oubliant d’être, nous passons à côté de notre vie. Nous ne sommes plus là, mais en train en permanence de ranger les événements du passé ou du futur… et je vous assure que ce n’est pas une mince affaire que de faire du rangement concernant notre passé et notre futur… ça prend un temps fou… Nous ne sommes donc plus présents à la vie, à soi, aux autres, à l’amour en soi, à l’amour des autres, à l’amour de la vie. Le bonheur je crois que c’est ça finalement, c’est être ici et maintenant.

Merci les verbes d’état pour votre contribution à notre bonheur !

N’oubliez pas d’être ici et maintenant du mieux que vous pouvez ! Et à chaque fois que vous vous rendez compte que vous êtes parti dans vos pensées, félicitez-vous d’en avoir pris conscience et d’être revenu à vous, à ici et à maintenant !

Banu Gokoglan

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